Géradmer 2012: la petite perle
THE INCIDENT
THRILLER/HORREUR
Réalisation: Alexandre Courtes
Interprètes: Dave Legeno, Rupert Evans, Anna Skellern
Etats-Unis, France, Belgique 2011
85 min - 35 mm
Synopsis: George, Max et Ricky font partie d'un groupe de rock et rêvent de gloire. En attendant, quand ils ne sont pas en concert ou en répétition, ils travaillent dans les cuisines d'un asile psychiatrique où ils n'ont aucun contact direct avec les patients. Mais une nuit, alors qu'une tempête fait rage, le système de sécurité tombe en panne, les portes s'ouvrent et les occupants de l'asile s'échappent. Plus qu'une pensée en tête pour les trois musiciens: survivre.
The Incident a brillé au sein de la programmation vosgienne par la simplicité de son histoire. Un groupe de rock bossant dans les cuisines d'un hôpital psychiatrique se retrouvent bloqués à l'intérieur de l'asile avec les plus dangereux criminels par une nuit orageuse ayant provoqué une panne électrique. Simple et efficace, ce film aborde un genre finalement peu exploité, celui du film de prison, même si ici c'est un asile, on retrouve l'ambiance du milieu carcéral: anxiogène, inquiétant, glauque, qui rendrait n'importe qui sujet à la claustrophobie. En choisissant de suivre un personnage charismatique, le héros est parfaitement incarné par Rupert Evans, le réalisateur français exerce un excellent choix de casting car c'est principalement sur lui que repose toute l'histoire même s'il construit un univers où évolue des personnages construits, intéressants parfaitement exploités par le film. Très rapidement, le film part en vrille. Après une phase découverte des personnages et du lieu, la panne survint pendant la sieste du héros qui est réveillé par ses potes paniqués. La caméra se déplace avec eux et on redécouvre les lieux mais dans une toute autre ambiance. La lumière parfaite du début à la fin, blanche écrasante presque hospitalière au début, bascule dans l'obscurité glaçante et effrayante où derrière chaque recoin d'ombre peut se cacher un fou. Tout l'intérêt de placer l'action dans un asile psychiatrique est l'exploitation des différentes facette de la folie et de l'univers psychiatrique. Dans ce milieu, la moindre erreur de jugement peut être fatale. Et lorsque les lumières s'éteigne, on découvre avec le héros la cantine déjà peu rassurante au début, plongée dans le noir, avec ces silhouettes immobiles qui nous fixe.
L'intelligence du film, à la fois de la mise en scène et du scénario, repose sur le fait que la tension mise en place dès le début entre le héros et un des pensionnaires va définir une ligne rouge que nous suivrons du début à la fin, et cependant cela n'est qu'un point de détail, une obsession qui va habité de plus en plus le héros qui cède comme ses camarades à la pression. L'angoisse monte au fur et à mesure, grâce à un découpage intelligent et une construction narrative qui laisse le temps à l'anxiété de s'installer. La deuxième partie du film, au début de la panne est assez lente, la plupart du temps les cadres sont vide ou presque, le silence règne, inquiétant naturellement, les héros restent groupés ou presque, si bien qu'on cherche partout autour de nous les raisons de s'inquiéter. On a tout le temps pour que notre imagination se mette à galoper nous mettant plus encore en tension. Notre regard fouine chaque recoin de l'image à la recherche d'un élément perturbateur, d'un danger qui viendrait frapper les héros lorsqu'ils ont le dos tourné. Et brutalement la violence s'insinue. Alors qu'un membre du groupe trop lâche et trop effrayé s'est cloitré dans la réserve, les trois autres tombent sur le cadavre du surveillant qu'ils connaissaient bien. Dès lors tout s'enchaînent, ils débarquent dans le bureau du surveillant et sans que le fou ne leur donne de véritables raisons de paniqués, les voilà cédant à la violence totale et complète. Ils ignorent alors que le moment de tranquillité offert leur permettant d'appeler la police n'est que le calme avant la tempête. Le film bascule très rapidement dans la violence cruelle, implacable, menant la tension jusqu'au bout, transformant le film en survival.
La troisième partie du film n'est ni plus ni moins qu'un survival. Ayant été témoin d'un meurtre froid, les trois compères se retrouvent avec un blessé sur les bras, et doivent de toute urgence trouver un moyen de sortir d'ici pour survivre. Les choses sont clairement dites dans la scène de l'exécution, ils sont les prochains sur la liste. Il leur faut alors traverser l'asile avec les risques que cela représente, toutes les cellules sont ouvertes alors que les gardiens sont bloqués dans les parties différentes de l'asile. Et la tension, comme les scènes de violence dont sont à la fois témoins puis victimes les héros montent en grade au fur et à mesure. L'intelligence du film est de ne jamais perdre de vu le mental de ses personnages, captant chaque émotion, chaque hurlement intérieur, chaque barrière s'effondrant face à la violence gratuite et la folie éclatant sous leurs yeux. Tout s'inscrit, les pièces se mettent en place, chaque chose s'assemble pour nous préparer le final forcément explosif, simple, efficace et tellement évident sans pourtant être cliché. Là encore le film étonne, car oui, c'est cliché, des personnages fous aux actions, oui on s'y attend, mais c'est tellement bien fait, tellement brillant, tellement beau et terrible à la fois. Pourquoi chercher l'originalité à tout prix au risque de faire mal les choses alors que là sous nos yeux, l'évidence s'impose. Magnifique film, pas loin du chef d'oeuvre.
// ALERTE SPOILER // Il m'est très difficile de terminer cette critique sans évoquer la fin du film, aussi si vous ne l'avez pas lu ne lisez pas ces lignes. Après avoir débattu du sens de la fin du film, chose assez rare de nos jours, je dois dire que de ce que j'ai pu entendre, beaucoup se posaient des questions sur la fin qui pour ma part était évidente. Le leader des fous, personnage oh combien charismatique et effrayant, surtout dans la scène où il se dévore le doigt, n'est en réalité qu'un mirage ou plutôt un bouc émissaire que s'invente le héros, et il faut revenir dès le début pour réaliser à quel point son psychisme était fragile. Dans la répétition du "il est nouveau chez les dingues", éclairée par une amie infirmière, on y comprend dès lors qu'il n'avait jamais été réellement confronté aux patients avec qui il se retrouve soudainement enfermé, ces derniers n'auront de cesse de le tester, et son psychisme s'effondre à l'instant où il cède à la violence, ne supportant pas d'avoir agit ainsi, lui qui tentait de se montrer gentil et distant, il cherche alors une excuse, ce qui sera sa faiblesse fatale. Il sombre alors, et dans un final effrayant, on réalise que ce n'était pas juste une crise, un moment de faiblesse dû au choc, mais bel et bien l'antre de la folie, il est désormais enfermé avec eux, mais dans sa tête. Un premier galop d'essai pour le réalisateur qui démontre son talent jusqu'à cette fin en spirale. Le héros n'est jamais sorti de là-bas, non dans la réalité, mais dans son psychisme détruit. // FIN DU SPOILER //
Prix du public Gérardmer 2012
EVA
SCIENCE FICTION
Réalisation: Kike Maillo
Interprètes: Daniel Brühl, Marta Etura, Alberto Amman
Espagne 2011
94 min - 35 mm
Synopsis: En 2041, un ingénieur en cybernétique de renom, Alex, retourne à Santa Irene pour finaliser la mission que la Faculté de Robotique lui a confiée : créer un enfant androïde...
Eva explore un thème de la science fiction déjà vu sans doute des centaines de fois, un ingénieur en cybernétique de génie est engagé pour terminer son plus grand projet: créer un enfant androïde viable et amusant avec une véritable personnalité enfantine. Pourtant on est bien loin du film de science et fiction tout zazimute. Ici la science fiction est présente par petites touches: une voiture futuriste mais rappelant étrangement la volvo, des robots à l'apparence humaine mais ayant des tics frisant le bug (lorsque le majordome rit lorsqu'on lui sourit) et finalement, on comprend rapidement que l'enjeu du film n'est nullement la science-fiction qui n'est en réalité qu'un argument du film permettant de faire avancer la narration et de permettre à l'histoire d'avoir ce petit côté sublime, je dois d'ailleurs souligner à quel point la conception du cerveau des robots est magique abordant limite le merveilleux, en réalité, Eva est un drame.
La véritable histoire du film, c'est comme Alex, le héros revient chez lui après dix d'absence, découvrant que la femme qu'il aimait est désormais marié à son frère et qu'ils ont tous deux un enfant, une petite fille pétillante et énergique dont il tombe rapidement sous le coup de la fascination. Loin des clichés de triangle amoureux, le film brille par une intelligence tant dans l'écriture, la mise en scène, que le jeu des acteurs, au contraire il est sublime par sa simplicité, et la fatalité qu'il exprime, ce qu'il nous montre c'est la vie. Une vie qui continue sans nous si on la fuit, si on abandonne, il n'y a pas de bouton pause, et chacun de nos actes ont des conséquences, ce que Alex va devoir apprendre à ses dépens. Si l'aspect dramatique est merveilleusement bien traité, la psychologie des personnages soigné, leur jeu brillant, on navigue entre le sublime d'une ambiance et d'une image irréprochable, remplie de magie, mais aussi de tragédie, et le fatalisme de la vie qui continue malgré tout, en revanche on peut se demander quel est l'intérêt de l'utilisation de la science-fiction, qui a vrai dire est plus de l'anticipation.
Certes, Spielberg et compagnie ont fait mieux, certes on a déjà vu cela, certes le futur dépeint ne semble pas très différent d'aujourd'hui, seulement il y a dans ce film un aspect humain qui prime avant tout. Eva n'a pas la volonté de nous montré un futur magistral ou spectaculaire, au contraire, c'est la simplicité du futur où la robotique a prit le pas mais sans partir dans un univers aux voitures volantes et autres excentricités du genre, c'est justement dans ce but qu'on reste proche des personnages qui sont les véritables moteurs du film. La rencontre entre Eva et Alex est à la fois sublime et touchante comme le devient leur relation. Ce n'est qu'à la fin qu'on comprend tout l'intérêt de l'utilisation de l'anticipation, et j'irais même plus loin, le propos caché derrière. Et même si on avait déjà eut des films qui nous racontait finalement la même chose, ce n'est pas l'originalité qu'on recherche et qu'on trouve ici mais la magie d'un instant, la candeur et l'étincelle d'innocence. Très beau petit film, Eva brille par le soin apporté autant à son image qu'à son ambiance, à ces moments magiques, à la véracité de l'image et de son histoire crédible de bout en bout.
Le Néo-Gothisme anglais
LA MAISON DES OMBRES
EPOUVANTE/HORREUR
Réalisation: Nick Murphy
Interprètes: Rebecca Hall, Dominic West, Imelda Staunton, Lucy Cohu, John Shrapnel
Royaume-Unis 2011
106 min - 35 mm
Synopsis: 1921. Angleterre. Florence Cathcart est un auteur célèbre et un détective singulier que l'on engage pour démontrer la présence ou non de fantômes. Le proviseur d'un pensionnat l'engage pour découvrir si son établissement est véritablement hanté.
Le film s'ouvre sur une jeune femme se rendant à une séance de spiritisme au début du siècle. Tout y est, l'ambiance gothique, la médium, ses clients lui faisant face les mains nouées les unes aux autres, l'obscurité éclairé uniquement par des chandelles, un pentagrame sur la table, une cloche en verre avec à l'intérieur un corbeau qu'on égorge. Et alors qu'on est plongé dans cette ambiance, une femme appelant sa fille morte en coeur avec les autres participants, glaçantes paroles, le fantôme apparaît dans le reflet de la cloche en verre se juxtaposant grâce à un cadre audacieux au visage de la mère d'abord terrifiée puis plein d'espoir avant que brusquement la fillette soit tirée en arrière, qu'on lui arrache les cheveux. Alors la supercherie est dévoilée. Les rideaux ouverts brusquement, l'atmosphère gothique fait place à une lumière blanche détruisant le mythe, ce n'est qu'une arnaque que l'héroïne, Florence Cathcart a dévoilée au grand jour. Sorte de détective du paranormal, espèce de gostbuster du siècle dernier, elle est alors contactée par un proviseur pour intervenir dans un pensionnat de jeunes garçons qui craint que les lieux ne soient hantés après qu'un des élèves ayant vu le fantôme soit retrouvé mort.
Si la séquence d'introduction est absolument parfaite, que cela soit dans l'image, la composition des cadres, l'inventivité, la lumière, le choix des acteurs, le déroulement de la séance jusqu'au dévoilement, le tout frôle le sublime surtout lorsqu'on a déjà pratiqué des séances de spiritisme et qu'on s'intéresse au sujet, on semble vraiment y être. C'était comme si après avoir regardé longuement l'une de ces photos de fantômes de l'époque truquées on était soudainement plongée là-bas, à l'époque. Mais après la séquence d'introduction, le film s'essoufle assez vite. Le personnage de l'héroïne est pourtant fort attachant, et la galerie de personnage qu'elle va découvrir au pensionnat intéressante aussi bien que passionnante, le problème étant que après la première apparition pourtant incroyablement bien mise en scène, on tombe dans le cliché et on a cette impression de déjà vu et en mieux qui s'installe. On ne peut s'empêcher de songer à l'Orphelinat et aux Autres, mais là où brillaient ces films dans les instants d'épouvante se dévoilant au fur et à mesure, ici nul frayeur malgré une mise en scène assez belle, on a une atmosphère profondément angoissante mais qui est sans cesse malmenée par un scénario à tiroir qui finit par lassé le spectateur. Le film fonctionne sur trois axe, dans un premier temps Florence s'attache à dévoilée la supercherie qu'elle suspecte, naturellement provenant des enfants, et cela est mené jusqu'au bout, au moment où elle trouve une justification rationnelle à tout. Sauf que ce n'est pas la fin.
Et c'est à cet instant que le film a commencé à me perdre. Car ce premier acte se termine offrant une véritable fin, par une pirouette scénaristique, le film repart, excepté que la pirouette en question est effroyablement faible comparé au début du film, et surtout dans cette brisure de rythme, l'ambiance en a clairement pâti, le spectateur a qui l'on vient de dire non tout est parfaitement rationnel, les fantômes n'existent pas, doit accepter de continuer à suivre l'héroïne parce qu'elle s'est fait peur avec une maison de poupée! Et là le film repart, on recommence avec le même système qu'elle remet en place, entre temps une romance commence entre la détective et le proviseur, chose dont on se moque du début à la fin, et on note mais ce détail est encore plus injustifié que le jardinier est bizarre. Sauf que comme ça n'a rien à voir avec le fantôme, en fait, on s'en fout un peu. Et le film continue jusqu'à nous offrir une seconde fin.
// ALERTE SPOILER // Bien sûr cette seconde fin dément la première et en prime nous offre un Twist, trop génial, c'est vrai que ça nous manquait les films de fantômes avec des twist à la fin, et ce twist non seulement prévisible mais cliché dévalorise encore plus les bref instants où le spectateur aurait pu avoir peur. Hey oui, en fait c'est Casper qui est avec nous! // FIN DES SPOILERS //
Le réalistateur poursuit et signe en nous offrant une troisième fin juste après la deuxième, histoire de bien souligner son propos, mais en réalité comme elle n'offre aucun indice le spectateur est un peu paumé, ne sachant véritablement les enjeux de la fin, mais au fond, à ce stade, il s'en moque un peu.
L'impression que j'en garde était une bonne image, une merveilleuse séquence d'introduction, un bon casting, une bonne ambiance malheureusement le tout est gâché par un scénario qui non seulement ne tient pas très bien debout mais fait souffrir le film de brisures de rythmes et pire encore nous offre trois fins, ce qui finit par lasser le spectateur.
